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EKYRAIL JOUE DANS LA COUR DES GÉANTS FERROVIAIRES

PIERRE THÉROUX

COLLABORATION SPÉCIALE

Source : La Presse+ (source)

Ekyrail vient à peine d’avoir 6 ans. Mais la PME de Châteauguay compte sur les 50 ans d’expérience dans l’industrie du chemin de fer de son fondateur, Christian Taillon, qui a décidé de lancer l’entreprise en compagnie de ses trois enfants, déjà prêts à assurer la relève. 

À la fin d’avril, Ekyrail a participé à une importante exposition au Texas qui regroupait l’ensemble des petites compagnies ferroviaires américaines. L’automne prochain, elle se rendra à Indianapolis où les géants de l’industrie comme Union Pacific (UP) ou encore Burlington Northern and Santa Fe Railway (BNSF) se réuniront.

« C’est une très belle occasion pour se faire connaître encore plus », souligne M. Taillon, dont l’entreprise a déjà fait sa marque auprès des sociétés canadiennes de chemins de fer Canadien National (CN) et Canadien Pacifique (CP).

Ekyrail se situe dans un créneau très pointu : la conception et la fabrication de convertisseurs électroniques de puissance pour le transport ferroviaire. L’entreprise fabrique plus particulièrement des onduleurs qui permettent de brancher les climatiseurs, les réfrigérateurs, les micro-ondes ou encore des ordinateurs portables dans la cabine de la locomotive en utilisant la charge de la batterie de l’engin. 

« On dessert principalement le marché des onduleurs de petite puissance où il y a peu de concurrents. »

— Christian Taillon, président d’Ekyrail

La PME vient d’ailleurs de décrocher le contrat de remplacement des onduleurs pour climatiseurs dans quelque 300 locomotives de CSX, une société de chemin de fer qui dessert une vingtaine d’États de l’est des États-Unis ainsi que le Québec et l’Ontario.

De plus, un des onduleurs pour climatiseurs d’Ekyrail est actuellement à l’essai chez BNSF, qui prévoit en remplacer environ 3000 sur les 4500 locomotives de son parc d’engins ferroviaires. L’obtention d’un tel contrat, échelonné sur plusieurs années, rapporterait environ 15 millions à l’entreprise qui a enregistré un chiffre d’affaires de 3,8 millions en 2016. « Notre croissance est de 20 à 30 % par année », indique M. Taillon, qui se dit toutefois quelque peu préoccupé par le discours protectionniste du nouveau président américain. Ekyrail envisage même, le cas échéant, de s’implanter aux États-Unis.

D’AUTRES ÉQUIPEMENTS

Les onduleurs génèrent plus de 60 % des revenus de l’entreprise qui fabrique d’autres équipements pour l’industrie ferroviaire, notamment des chargeurs de batterie et des unités de chauffage pour les locomotives. L’entreprise vient d’ailleurs de développer un système automatisé de test de câbles de communication et de contrôle entre les wagons de train ou les rames de métro.

Elle entend aussi se lancer dans la fabrication de cloches électroniques, ce signal d’avertissement qui est encore activé manuellement dans une majorité de locomotives en Amérique du Nord.

« Il y a environ 30 000 locomotives en circulation, mais seulement 1000 ont des cloches électroniques. »

— Christian Taillon

Christian Taillon a fait son entrée dans l’industrie ferroviaire au début des années 70, d’abord comme apprenti électricien au CN où il a gravi les échelons jusqu’au poste de contremaître. Il a ensuite travaillé au sein d’une entreprise montréalaise qui a développé un système de télémétrie pour la conduite des trains de marchandises. « J’ai toujours voulu avoir ma propre entreprise et c’était une étape de plus », souligne-t-il.

En 1991, en compagnie de trois autres associés, il a lancé Transtronic, une entreprise également spécialisée dans la conception et la fabrication de convertisseurs électroniques pour l’industrie ferroviaire. Après avoir vendu ses actions, au début de 2010, pour travailler comme formateur auprès d’électriciens chez Bombardier Transport, il décidait quelques mois plus tard de créer Ekyrail. Avec le soutien du CN, qui cherchait un fournisseur d’onduleurs, et surtout de son fils Yan qui assure la vice-présidence. « S’il n’avait pas voulu embarquer dans l’aventure, je ne serais pas allé de l’avant », dit Christian Taillon, qui compte lui donner les rênes dans un avenir rapproché. Son autre fils Emmanuel s’est aussi joint à l’entreprise à titre de directeur de production, tandis que sa fille Karine est actionnaire de l’entreprise familiale.

FORCE DE LA RÉGION

« L’ouverture de l’autoroute 30 a considérablement réduit le temps de transport des marchandises et a amené de nouveaux projets de développement dans la région. »

— Christian Taillon

DÉFI DE LA RÉGION

« Il y a des parcs industriels qui manquent de dynamisme. On voit beaucoup de bâtisses inoccupées qui sont à vendre ou à louer. »

— Christian Taillon